Le récit de San Francisco

Downtown San Francisco. Un des grands hôtels du quartier surnommé le « Jukebox » domine le trottoir à deux pas de Market street, l’artère principale de la ville. Plus de 1300 journalistes et communicant(e)s scientifiques provenant de 70 pays y avaient rendez-vous. Au programme: trois journées de présentations autour des thèmes liés au journalisme scientifiques mais aussi aux dernières grandes avancées scientifiques.

L’intervention de Jennifer Doudna – professeure à UC Berkeley et co-découvreuse du ciseau moléculaire CRISPR/Cas9 – a marqué le premier jour, la salle plénière était presque pleine. La biologiste originaire de Hawaï raconte qu’elle est tombée enfant dans la science grâce à la lecture du livre de James Watson « The Double Helix ». Depuis quelques années, elle enchaîne les remises de prix avec Emmanuelle Charpentier. Ensemble, elles ont découvert la technologie CRISPR/Cas9 qui a révolutionné le génie génétique. Pourtant la chercheuse se trouve plongée aujourd’hui encore dans une guerre des brevets, avec contre elle un chercheur du MIT. De cette bataille elle n’a dit quasi rien, une courte mention seulement, d’un ton las. CRISPR/Cas9 est au cœur d’un partage légal mais surtout de débats qui ont jalonné le programme de la conférence. Au moins quatre sessions ont été consacrées aux enjeux éthiques de CRISPR/Cas9.

Autre point fort de la conférence: l’Amérique latine. Du fait de la proximité avec la Californie, de nombreux participant(e)s originaires des pays sud-américains ont fait le déplacement. L’espagnol résonnait dans les couloirs et les salle du sous-sol de l’hôtel. Plusieurs interventions leur étaient destinées, notamment celles dédiées au virus Zika et à la pratique du métier en Amérique du Sud.

Difficile de choisir parmi la liste pléthorique de séances programmées… A noter, du côté de l’actualité scientifique: la science de la conscience avec Christophe Koch de l’Institut Allen à Seattle, les défis de la résistance aux antibiotiques et les dernières missions terrestres en astrophysique. Et pour la formation continue : ré(apprendre) les statistiques en journalisme, développer le fact-checking et prendre en compte les déterminants sociaux dans le journalisme santé. Mais pas seulement. « J’ai trouvé passionnante la conférence sur [le défi d’écrire sur] le harcèlement sexuel en science et la présentation des cinq scientifiques de l’Université de Berkeley sur les sciences du climat », rapporte Nathan Herzberg du journal Le Monde (France). Les connaissances pratiques pour les professionnels ont été particulièrement plébiscités par les participant(e)s, comme Tania Rabesandratana, correspondante pour le magazine Science : « J’ai apprécié les ateliers qui nous donnaient des outils comme l’usage de l’humour dans la prise de position. Cela résonnait avec mon but personnel qui est d’éditorialiser davantage dans mes articles. »

Les espaces de partage ont été essentiels : pas de conférence réussie sans moment de rencontre entre participant(e)s. Et hors les murs de l’hôtel, San Francisco est une ville qui indéniablement regorge de lieux « nerdy » alliant science et loisir. Pour marquer l’ouverture de la Conférence, les organisateurs avait jeté leur dévolu sur la Calacademy (California Academy of Sciences) – bâtiment hybride entre musée des sciences naturelles, volière à papillons et aquarium – et les hôtes ont pu y boire un cocktail en observant les poissons, déambuler dans une serre tropicale et observer les préparateurs taxidermistes. La cérémonie de clôture a eu lieu à l’Exploratorium, le musée « hands-on » dans lequel on touche à tout. On a pu cliquer sur des boutons, tourner des manivelles, actionner des leviers et déclencher des phénomènes physiques ou chimiques. De nombreux musées dans le monde comme l’Exploradôme en France ou le Technorama en Suisse ont repris et adapté le concept de l’institution californienne créée en 1969 par le physicien américain Frank Oppenheimer.

Les participant(e)s ont passé leurs deux derniers jours sur le terrain. Tout d’abord sur les campus de l’Université de Californie (UC) à San Francisco pour certains et sur le campus de UC Berkeley pour d’autres. Au même moment, les délégations suisses, françaises et italiennes retenaient leur souffle puisque la Fédération mondiale des journalistes scientifiques annonçait le vainqueur du concours pour l’accueil de l’édition 2019 de la conférence. Rapidement, la nouvelle a été annoncée sur les réseaux sociaux: « World conference 2019! In Lausanne official ! » a-t-on pu lire sur le groupe Whatsapp créé par la délégation internationale. Les félicitations sont tombées en nombre et le vin mousseux n’a pas tardé à être débouché pour marquer la joie de tous les participants impliqués dans cette candidature. « Un vrai GRAND MERCI à tous ceux qui ont participé au projet! Tellement génial de travailler et d’interagir avec vous, jusqu’à présent et pour les 18 prochains mois! », écrivait Olivier Dessibourg, président de l’Association suisse. Les membres des organisations impliqués avaient d’ailleurs pris l’habitude de se retrouver autour du stand de l’ASJS installé par swissnex San Francisco dans le hall d’exposition. Un lieu de rencontre partagé par toutes les délégations du bid. « Je me retrouvais souvent à cet endroit pour un café, note la correspondante de Science. Sinon, j’ai trouvé qu’il manquait la présence de l’écosystème de la Silicon Valley : aucune start-up, aucune grande entreprise des technologies n’était présente! ».

Pour finir, les participant(e)s ont embarqué le lendemain dans des bus en direction des quatre coins de la région, pour rejoindre des lieux emblématiques de la recherche scientifique en cours. On s’est par exemple rendu au nord de San Francisco, au bord de la baie de Tomales, pour visiter une ferme ostréicole qui collabore avec des biologistes. Ces derniers y étudient l’effet du changement climatique sur les bivalves. Dans la baie de Bodega, non loin du site du tournage du film « The Birds » d’Alfred Hitchcock, se trouve le centre de recherche de Bodega Bay. Pas d’oiseau tueur en vue mais une ferme d’abalones roses pour repeupler la région décimée. Et à côté, un laboratoire de modélisation robotique du déplacement planctonique. La science était cependant moins convaincante que la beauté du site, balayé par le vent et les vagues et situé juste de l’autre côté de la faille San Andreas qui sépare la plaque tectonique de l’Amérique de celle du Pacifique. Les rives du Léman pourront-elles rivaliser ? On verra en Juillet 2019.

Commentaires

  1. Photo du profil de Diana Hornung
    Diana Hornung

    bien vu! merci pour cette vue d’oiseau

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